samedi 28 novembre 2020

Cinq Mauritaniens condamnés de prison ferme pour outrage aux mœurs islamiques

Incarcérés depuis huit mois, cinq Mauritaniens qui risquaient la peine de mort pour blasphème ont finalement été condamnés le 20 octobre à de la prison ferme. Le chef d’accusation retenu par le tribunal de Nouakchott est l’outrage aux mœurs islamiques.

Cinq Mauritaniens l’ont échappé belle. Ils ont la vie sauve. Incarcérés depuis huit mois, ils étaient accusés de blasphème par l’unité en charge du terrorisme et des crimes contre la sécurité de l’État au bureau du procureur général de Nouakchott.

Ils étaient donc passibles de la peine de mort, conformément à l’article 306 du Code pénal portant sur l’hérésie, l’apostasie, l’athéisme et le refus de prier.Mardi 20 octobre, le tribunal de Nouakchott a requalifié les faits en « outrage aux mœurs islamiques » et a condamné deux d’entre eux à six mois de prison ferme et les trois autres à huit mois.

Mohamed ould Hida et Mohamed Fal Ishaq, tous deux âgés de 41 ans, qui avaient déjà purgé leur peine, ont été immédiatement libérés. Othman Mohamed Lahbib (25 ans), Ahmed Mohamed Moctar (38 ans) et Mohamed Abdelrahman Haddad (58 ans) devraient voir le ciel de Nouakchott lundi 26 octobre, lorsqu’ils auront intégralement purgé leurs huit mois d’incarcération.

« Ces arrestations c’est pour nous faire taire »

« Il n’y avait aucun élément pour les incriminer de blasphème », relève Alou Idrissa Yero Sow, l’un de leurs avocats. Les charges étaient maigres également pour outrage aux mœurs islamiques. « Ils auraient été en possession de photos susceptibles de représenter le prophète », rapporte, dubitative, la défenseuse des droits humains et présidente de l’association des femmes cheffes de famille, Aminetou Mint el Moctar.

Ils avaient été arrêtés – ainsi que neuf autres personnes libérées par la suite – le 26 février 2020. Certains à l’issue d’une réunion de la nouvelle association Alliance pour la refondation de l’État mauritanien (Arem) qui entend lutter contre la mauvaise gouvernance, l’injustice et l’impunité ; d’autres pour liens avec des associations chrétiennes.

« Ils avaient été en contact avec des étrangers et l’un d’eux avait assisté aux funérailles d’un docteur ivoirien chrétien », ajoute Aminetou Mint el Moctar. Selon elle, « il fallait vraiment trouver un motif pour les condamner ». Elle aussi avait fait partie du coup de filet de ce 26 février avant d’être libérée.

Le motif était à l’époque « réunion non autorisée » – l’Arem n’avait pas encore été officiellement enregistrée – avant que ne s’ajoutent les accusations de distribution de l’Évangile, de blasphème, d’atteintes aux mœurs islamiques. « Ces arrestations c’est pour nous faire taire », clame-t-elle.

Éviter la stigmatisation de la Mauritanie sur la scène internationale

Cheick Mkaitir, ancien condamné à mort pour apostasie réfugié en France après près de six ans de calvaire dans les geôles mauritaniennes, voit dans cette condamnation et l’abandon des poursuites pour blasphème, la main des autorités.

« Le président Ghazouani ne veut pas rééditer les affaires de condamnation à mort – comme sous l’ère de la présidence Aziz – préjudiciables à l’image de la Mauritanie ». Selon lui, la médiatisation des cas des cinq activistes encourant la peine capitale par l’ONG Human Rights Watch (HRW), a joué en leur faveur.

Pour autant l’étau ne s’est en rien desserré sous l’ère Ghazouani en matière d’atteinte aux libertés d’expression, de réunion et de manifestation dans une Mauritanie qui revendique pourtant son « attachement à l’islam et aux principes démocratiques » dans le préambule de sa Constitution.

« Daech n’est jamais très loin dans les tribunaux »

« Daech n’est jamais très loin dans les tribunaux », dénonce Mekfoula Brahim, présidente de l’association pour une Mauritanie verte et démocratique, lauréate début octobre du prix pour la défense des droits humains par l’ONG Front line Defenders et lauréate en 2018 du prix franco-allemand éponyme.

Ulcérée, elle cite certaines des questions posées par les juges lors de l’audience du 20 octobre : « Qu’est-ce que la laïcité ? Aimez-vous votre prochain chrétien ? Aimez-vous les laïcs que vous avez rencontrés ? Avez-vous le sentiment qu’il existe des minorités religieuses en Mauritanie ? L’amour de Dieu et l’amour de l’incroyant se rencontrent-ils ? etc. »

« Nous aussi nous avons nos talibans. Notre pays n’est plus la Mauritanie, mais le Mauristan », s’indigne Mekfoula Brahim. Elle aussi avait été interpellée le 26 février.

La réunion de l’Arem s’était tenue dans une auberge qui lui appartient. « Nous subissons une vague d’extrémisme épouvantable, poursuit-elle. On me reproche mes idées occidentales. Je sais que je suis surveillée, mon téléphone est sur écoute ». En 2017, elle avait réchappé à une tentative d’assassinat.

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