vendredi 30 octobre 2020

Un enseignant français « décapité » après avoir montré des caricatures du Prophète « Mohammed » à ses élèves

Le parquet national antiterroriste a ouvert une enquête après qu’un enseignant qui avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves a été décapité, vendredi, à Conflans-Saint-Honorine, près de Paris. Son agresseur présumé a été abattu par la police. Le président de la République, Emmanuel Macron, s’est rendu sur les lieux.

Un enseignant qui avait montré à ses élèves des caricatures de Mahomet a été décapité, vendredi 16 octobre, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) et son agresseur présumé tué par la police dans la ville voisine d’Éragny (Val-d’Oise), trois semaines après l’attaque devant les anciens locaux de Charlie Hebdo.

« Ils ne passeront pas. L’obscurantisme ne gagnera pas », a martelé, ému, le chef de l’État Emmanuel, à l’adresse des islamistes radicaux, lors d’une déclaration à la sortie du collège du Bois d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine où travaillait la victime. Le président de la République, entouré par les ministres de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a appelé « la nation toute entière » à se ranger aux côtés des enseignants pour les « défendre ».

« Ce soir, c’est la République qui est attaquée avec l’assassinat ignoble de l’un de ses serviteurs, un professeur », avait réagi plus tôt sur Twitter Jean-Michel Blanquer, qui recevra samedi les représentants des personnels et des parents d’élèves.

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé à l’AFP s’être aussitôt saisi de l’enquête, ouverte pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard tiendra une conférence de presse samedi après-midi. Selon une source judiciaire citée par l’AFP, quatre personnes, dont un mineur, ont été placées en garde à vue.

Individu suspect rôdant autour d’un établissement scolaire

Les faits se sont déroulés vers 17 h, près du collège du Bois d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine, selon une source policière. Les policiers de la brigade anticriminalité (BAC) de la ville ont été appelés pour un individu suspect rôdant autour d’un établissement scolaire, selon cette source. Sur place, ils ont découvert la victime et, 200 mètres plus loin à Éragny, ont tenté d’interpeller un homme armé d’un couteau qui les menaçait et ont fait feu sur lui.

Selon une source policière, la victime est un professeur d’histoire du collège du Bois-d’Aulne.

L’agresseur présumé, dont l’identité n’a pas été immédiatement établie, est décédé, a-t-on indiqué de source judiciaire. Selon une source proche de l’enquête, il a crié « Allah Akbar » avant d’être abattu.

Les enquêteurs cherchent notamment à savoir si l’agresseur est l’auteur d’un message posté sur Twitter par un compte désormais fermé et qui montre une photo de la tête de la victime. Sous cette photo, un message menace Emmanuel Macron, « le dirigeant des infidèles », et son auteur assure vouloir venger celui « qui a osé rabaisser Muhammad ».

Choc et incompréhension

Le choc et l’incompréhension dominaient, vendredi soir, chez les riverains rencontrés par l’AFP dans ce quartier pavillonnaire, qu’ils décrivent comme calme et sans histoire.

Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, la première association de parents d’élèves, dit avoir reçu un signalement, il y a une semaine, qui faisait état « d’un père extrêmement énervé » après la publication en classe d’une caricature de Mahomet. La victime aurait, selon Rodrigo Arenas, « invité les élèves musulmans à sortir de la classe » avant de montrer une caricature du prophète accroupi avec une étoile dessiné sur ses fesses et l’inscription « une étoile est née ».

« Mon fils était dans la classe le jour où le professeur les a fait sortir parce qu’ils étaient musulmans, parce qu’il devait montrer une caricature du prophète », a expliqué à l’AFP un parent d’élève ayant requis l’anonymat, dont le fils est en classe de 4e. « Il n’y a qu’une petite fille qui est restée, qui n’a pas voulu sortir, c’est cette petite fille-là qui a dit qu’il avait montré la photo d’un homme tout nu », a-t-il poursuivi. « Apparemment, il n’a pas fait ça méchamment, mon fils m’a dit qu’il a fait ça pour préserver les enfants, pour ne pas être vexés, pour ne pas être choqués », a encore ajouté ce parent d’élève.

Réactions politiques

Dans une ambiance empreinte d’émotion, les députés se sont levés à l’Assemblée nationale pour « saluer la mémoire » de l’enseignant et dénoncer un « abominable attentat ».

Très affecté, le président de séance Hugues Renson (LREM) a pris la parole juste avant l’interruption des débats à 20 h. « Nous avons appris avec effroi l’abominable attentat qui s’est produit. Au nom de la représentation nationale, en notre nom à tous, je tiens à saluer la mémoire de la victime », a-t-il souligné.

Les responsables politiques ont tous vivement réagi. Éric Ciotti, député LR : « Face à l’islamisme, il faut cesser de reculer, nous sommes en guerre ! Finissons-en avec les mots, finissons-en avec la demi mesure, finissons-en avec la lâcheté ! Pour vaincre, il faut agir ! »

Sur son compte Twitter, Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise a dit : « Ignoble crime à Conflans ! En fait l’assassin se prend pour le dieu dont il se réclame. Il salit sa religion. Et il nous inflige à tous l’enfer de devoir vivre avec les meurtriers de son espèce. »

Marine Le Pen écrit sur son compte Twitter : « Un professeur décapité pour avoir présenté les caricatures de Charlie Hebdo : nous en sommes, en France, à ce niveau de barbarie insoutenable. L’islamisme nous mène une guerre : c’est par la force que nous devons le chasser de notre pays. »

En plein procès des attentats de Charlie Hebdo

Charlie Hebdo a exprimé sur Twitter « son sentiment d’horreur et de révolte », estimant que « l’intolérance vient de franchir un nouveau seuil ».

Cette attaque survient trois semaines jour pour jour après l’attentat au hachoir perpétré par un jeune Pakistanais de 25 ans devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, qui avait fait deux blessés graves.

L’auteur de cet attentat islamiste avait déclaré aux enquêteurs avoir agi en réaction à la publication et la republication par Charlie Hebdo, début septembre, des caricatures de Mahomet, qui avaient fait de l’hebdomadaire satirique une cible des jihadistes. Cette republication avait eu lieu à l’ouverture, le mois dernier, du procès des attentats de janvier 2015, qui doit se tenir jusqu’au 10 novembre.

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